Aluminium dans les laits infantiles : « 60 Millions » mène l’enquête

©SGDP Thomas Laurenceau, rédacteur en chef de "60 Millions de consommateurs"

©SGDP Thomas Laurenceau, rédacteur en chef de « 60 Millions de consommateurs »

La célèbre revue de l’Institut national de la consommation (INC) a testé la teneur en aluminium des laits infantiles. Elle réclame la fixation d’un seuil de tolérance plus bas pour les bébés ou un meilleur étiquetage. Brin d’Infos fait le point avec Thomas Laurenceau, rédacteur en chef de « 60 Millions de consommateurs ».

Comment est née l’idée de tester la teneur en aluminium des laits infantiles, objet de l’enquête que vous publiez dans votre numéro de mars ?

À l’automne dernier, une étude anglaise avait montré la présence d’aluminium dans les laits infantiles vendus dans ce pays, avec des teneurs relativement importantes. Nous avons simplement voulu savoir ce qu’il en était sur le marché français. Nos résultats sont d’ailleurs assez proches de ceux des Britanniques.

Quels sont les impacts de l’aluminium sur l’homme et en particulier chez les bébés/ enfants ?

Il est admis que de fortes teneurs en aluminium peuvent être toxiques pour le système nerveux et les os, et provoquer des anémies. Heureusement, l’organisme n’absorbe qu’une infime partie de l’aluminium contenu dans les aliments.

Concernant les bébés, les données sont peu nombreuses. Des études ont montré des atteintes du système nerveux central, et un développement mental moins rapide, chez des prématurés qui avaient reçu de fortes doses d’aluminium, mais il s’agissait d’enfants nourris par intraveineuse. Ces cas extrêmes ne doivent donc pas être extrapolés aux bébés nourris au biberon.

Pourtant, il y a des normes à respecter ? des seuils tolérables ?

En effet, l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé un seuil de précaution. La dose tolérable est de 1 milligramme d’aluminium par kilo de poids corporel et par semaine. Dans les laits que nous avons analysés, même les plus “chargés” en aluminium sont loin de ce seuil, puisque le taux le plus élevé constaté représente environ un tiers de la dose tolérable.

Le problème est que ces seuils ont été définis pour la population générale, pas pour les nourrissons. Or, comme l’ont montré plusieurs études, chez un bébé, le système gastro-intestinal, les reins ou ce qu’on appelle la barrière hémato-encéphalique (qui sépare le sang du cerveau) sont immatures, ce qui peut augmenter la toxicité de l’aluminium. C’est la raison pour laquelle nous demandons, par précaution, soit la définition d’un seuil spécifique pour le nourrisson, soit une obligation d’indiquer le taux d’aluminium sur les boîtes, afin de permettre aux parents de décider en connaissance de cause.

D’où vient la contamination des laits infantiles par l’aluminium: les contenants ? le lait lui-même ?

Notre étude ne permet pas de le dire avec précision. Suite aux discussions que nous avons eues avec les fabricants, nous pensons peu probable que l’aluminium vienne des boîtes. Elles sont souvent en fer blanc. Et quand elles sont en aluminium, celui-ci est recouvert d’un film protecteur empêchant les migrations. Il est plus probable qu’il vienne des matières premières, du lait notamment. Ou du soja, réputé retenir l’aluminium, dans les laits à base de soja (mais nous n’en avons pas testé.)

Qu’en est-il pour les laits bio testés ? 

Nous n’avons dans notre étude testé que deux références bio, de marque Hipp, et l’aluminium  n’y était pas détectable. C’est le signe d’une production sérieuse et bien maîtrisée. Pour autant, cela ne veut pas dire que c’est le cas de tous les laits bio. C’est hélas une réalité : même bio, les aliments, quels qu’ils soient, ne sont pas à l’abri d’une contamination. Même si elle est bien plus rare, et souvent minime, dans le bio.

Les conseils que vous pourriez donner aux parents pour que bébé soit le moins possible en contact avec l’aluminium ?

Il n’est jamais inutile de rappeler le premier conseil : pour un nouveau-né, le lait maternel est le meilleur des aliments ! Mais il ne faut pas diaboliser le lait infantile non plus, c’est un aliment extrêmement contrôlé. Aujourd’hui, nous constatons que l’aluminium est indétectable dans la moitié des références de notre test. Aux autres de suivre l’exemple.

Pour les enfants plus grands, cela relève aussi de bon sens : évitez les aliments contenant beaucoup d’additifs, vous aurez de grandes chances d’échapper aussi à l’aluminium !

Les liens pour découvrir l’article en détails ? et les références pour l’acheter en kiosque ?

60 millions de consommateurs n° 491 mars 2014.

www.60millions-mag.com/actualites/articles/trop_d_aluminium_dans_les_laits_pour_bebes

Mélanie SCHMIDT