Alys et ses empreintes du corps avec la technique du Raku

Alys et sesempreintes du corps avec la technique du rakuAlys travaille la terre par le biais de la technique du Raku, un peu comme une alchimiste, elle modèle et fait des empreintes du corps, qu’il soit plein d’un enfant, rond de la maternitĂ© ou non. Nous avions eu envie d’en savoir plus sur cette technique et sur le rapport qu’elle entretient avec les personnes qu’elle rencontre dans le cadre de son activitĂ©.

Bonjour Alys, est-ce que nous pouvons vous appeler Alys ? Nous vous avons rencontrĂ© au dĂ©tour d’une conversation sur le corps sur la page Facebook de Brindilles et nous avions eu envie d’en savoir plus sur votre travail.

Bonjour Brind’infos. Et merci de l’intĂ©rĂŞt que vous portez Ă  mon travail.

Est-ce qu’au-delĂ  de la technique du Raku, vous avez toujours travaillĂ© sur l’imagerie du corps ? Quels sont vos sujets de prĂ©dilection ?

Oui, j’ai toujours travaillĂ© sur le corps. J’ai beaucoup abordĂ© le nu en dessin, puis j’ai dĂ©couvert l’argile, et plus tard le raku : une RÉVÉLATION! J’adore travailler la terre.

Toute jeune, j’ai commencĂ© par modeler des petites statuettes reprĂ©sentant des corps fĂ©minins. Le corps humain est depuis mon sujet de prĂ©dilection. L’intimitĂ©, les limites qui existent entre le moi intĂ©rieur et le monde extĂ©rieur, la construction de l’individu et son rapport au monde sont de grandes sources d’inspiration. Je suis aussi très influencĂ©e par la nature, le monde vĂ©gĂ©tal, et bien sĂ»r, depuis quelques temps : la maternitĂ©.

Je travaille beaucoup Ă  la commande, Ă  partir de modèles vivants, notamment avec la sĂ©rie « Corps Écorces » qui vous a interpellĂ©e.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le Raku ?

Le raku est une technique de cuisson cĂ©ramique japonaise (d’origine corĂ©enne) utilisĂ©e initialement pour crĂ©er les bols destinĂ©s Ă  la cĂ©rĂ©monie du thĂ©. Les 4 Ă©lĂ©ments sont mis en jeu : la terre, matière première, le feu pour la cuisson, l’air lors du dĂ©fournement et l’eau en dernier lieu. Le procĂ©dĂ© laisse une grande part au hasard. Il s’agit de faire subir Ă  la pièce en argile des chocs thermiques, des enfumages… Les rĂ©sultats varient Ă  l’infini ce qui rend cette technique magique et des objets uniques…

Plus prĂ©cisĂ©ment, c’est un procĂ©dĂ© de cuisson rapide. Il faut d’abord cuire la pièce en argile une fois (le biscuit) puis l’Ă©mailler si on le souhaite et la cuire une seconde fois (j’utilise un four Ă  gaz). Les objets sont sortis chauds du four Ă  l’aide de pinces et posĂ©s dans des rĂ©cipients prĂ©alablement remplis de combustible (sciure de bois). Ils s’enflamment immĂ©diatement au contact de la sciure. Puis il faut fermer le rĂ©cipient et laisser les pièces s’enfumer. Reste ensuite Ă  nettoyer les objets et Ă  dĂ©couvrir les belles surprises que nous rĂ©vèlent la cuisson.

Quelle est la démarche des personnes qui viennent vous voir pour un moulage de leurs corps ?

Alors, tout d’abord, je prĂ©fère parler d’empreinte. En fait, si le corps du modèle est bien le dĂ©part de mon travail, il ne s’agit pas de le retranscrire de manière rĂ©aliste. J’ai aussi des modèles bĂ©nĂ©voles qui me permettent de faire des sculptures plus librement.

Ensuite, si une personne fait appel Ă  moi, c’est avant tout car elle a eu un coup de cĹ“ur. Certaines personnes veulent garder une trace d’un moment marquant de leur vie. C’est le cas des femmes enceintes par exemple. D’autres sont fières d’une partie de leur corps ou au contraire cherchent Ă  mieux s’aimer…Quant Ă  l’objet final, mĂŞme si je peux maitriser certains paramètres, je ne peux pas garantir un rĂ©sultat très prĂ©cis. C’est lors de l’Ă©change avec le modèle que je perçois ses goĂ»ts et envies, j’essaie de les retranscrire ensuite tout en y ajoutant ma touche personnelle. En fait, la sculpture finale est de l’ordre de l’interprĂ©tation. Et puis avec le raku chaque objet rĂ©alisĂ© est unique.

Quelle est leur réaction quand ils découvrent leur corps immortalisé ?

Tous trouvent ça très beau… Les modèles sont ensuite surpris par la taille et la forme de leur corps. Une personne m’a dit qu’elle n’avait pas l’impression que c’Ă©tait elle (ce qui n’est pas faux !)

Une femme enceinte a Ă©tĂ© interpellĂ©e par le volume intĂ©rieur du ventre, elle n’avait pas conscience que « Ă§a prenait autant de place ». Voir son ventre de cette façon a Ă©tĂ© pour elle beaucoup plus concret que les livres et les Ă©chographies.

Pour les femmes enceintes, l’Ă©tape de la prise d’empreinte est un moment privilĂ©giĂ©. La future mère marque une pause dans sa vie quotidienne, le processus lui permet de prendre du temps pour elle et son bĂ©bĂ© Ă  naĂ®tre. Je conseille d’effectuer ce que j’ai appelĂ© le raku belly aux alentours du 7ème mois, moment clĂ© de nombreux rituels de grossesse. Ma dĂ©marche artistique s’intègre alors dans un processus plus global qui cherche Ă  rendre Ă  la maternitĂ© la valeur spirituelle et la dimension symbolique que la machine mĂ©dicale actuelle laisse parfois de cĂ´tĂ©.

J’ai aussi remarquĂ© une diffĂ©rence notable entre les hommes et les femmes : ces dernières sont gĂ©nĂ©ralement emballĂ©es du rĂ©sultat, les hommes sont plus embarrassĂ©s. Par ailleurs, leur relation Ă  l’objet Ă©volue. Au dĂ©part, tout comme le futur papa, la future maman est un peu gĂŞnĂ©e Ă  l’idĂ©e d’exposer le raku belly dans le salon. Celui-ci trouve sa place dans la chambre par exemple. Puis, après la naissance du bĂ©bĂ©, un sentiment de fiertĂ© apparait et la sculpture prend sa place dans une pièce Ă  la vue de tous. Petit Ă  petit, le père accepte aussi que d’autres puissent voir cet objet.

La rĂ©action de l’enfant face Ă  la sculpture est par ailleurs très intĂ©ressante. Une petite fille de deux ans et demi, Ă  qui on l’a expliquĂ© qu’elle avait d’abord grandit dans le ventre de sa maman Ă  l’aide de ce support, est très intriguĂ©e par l’objet. Elle aime particulièrement son contact, qu’elle trouve doux au toucher. Elle est encore plus fascinĂ©e depuis l’arrivĂ©e d’une petite sĹ“ur, allaitĂ©e par sa maman. Cet allaitement Ă©veille en elle, sevrĂ©e depuis un moment dĂ©jĂ , de nombreuses questions. Et, mĂŞme si elle n’a pas rĂ©ellement essayĂ© de tĂ©ter Ă  nouveau sa mère, elle tète, mordille et pince les tĂ©tons du raku belly de sa maman assez rĂ©gulièrement !

Nous avons vu sur votre site beaucoup de femmes enceintes et beaucoup de poitrines, est-ce que vous avez eu des demandes insolites que vous ne pouviez pas publier ?

Les femmes, et plus encore les femmes enceintes, sont globalement plus demandeuses que les hommes. Et puis, je prĂ©fère travailler sur le corps fĂ©minin ce qui explique les photos que vous avez vues. Ensuite, mĂŞme pour des commandes classiques, tout le monde ne souhaite pas que l’Ĺ“uvre soit visible sur internet. En effet, je ne publie aucune image sans l’accord du modèle. Pour ce qui est des demandes insolites : non, je n’en ai pas (encore) eu. Mais, s’il y a un intĂ©rĂŞt artistique, je ne suis pas contre.

Pensez-vous pouvoir aller plus loin dans l’intime et est-ce qu’Ă  l’instar d’un Jamie McCartney vous pourriez rĂ©aliser des moulage de sexe ?

Pourquoi pas? MĂŞme si je ne suis pas dans cette dĂ©marche personnellement, je trouve le travail de cet artiste intĂ©ressant. Et l’art doit aussi dĂ©ranger, poser question…Cet artiste permet aux femmes de mieux se connaĂ®tre, d’apprĂ©cier Ă  leur juste valeur les parties intimes de leur anatomie. La diversitĂ© des rĂ©sultats est Ă©tonnante et, avec un peu de recul, on peut y voir la beautĂ© de la nature! Pour des sexes masculins, euh… lĂ , c’est mon homme qui va mal le vivre!

Est-ce que votre vison du corps (de la femme ou de l’homme) a Ă©voluĂ© depuis que vous avez entrepris cette dĂ©marche ?

En effet, on pourrait dire qu’il y a une Ă©volution dans ma vision du corps depuis que je travaille sur ce projet. J’ai toujours Ă©tĂ© interpellĂ©e par le corps. Toute jeune, j’Ă©tais partie Ă  Bangkok pour y suivre une formation de massage traditionnel. A dix-huit ans, le rapport au corps et Ă  l’autre me questionnait dĂ©jĂ ! Depuis, j’ai mĂ»ri, mon travail artistique et ma rĂ©cente grossesse ont achevĂ©s de me rĂ©concilier avec cette question.

Je me suis dĂ©tachĂ©e des stĂ©rĂ©otypes ambiants. Ma dĂ©marche pourrait ĂŞtre militante dans le sens oĂą elle peut permettre Ă  la femme (mais aussi Ă  l’homme) de se libĂ©rer et de se protĂ©ger de la violence faĂ®tes aux corps dans nos sociĂ©tĂ©s occidentales. Ce qui est frappant, c’est que le corps du modèle, quel qu’il soit, est vĂ©ritablement sublimĂ©. Tous les corps, sans exception, ont une beautĂ© propre que ce procĂ©dĂ© rĂ©vèle vĂ©ritablement!

Et si on souhaite vous rencontrer, comme ça se passe et où travaillez-vous ?

Alors, c’est très simple, vous pouvez me contacter via facebook, mon blog: alys.over-blog.com, ou par mail.

Je suis dans la rĂ©gion d’Aix-Marseille, dans les Bouches-du-RhĂ´ne. Pour les commandes, tout commence par un Ă©change avec le modèle (possible par tĂ©lĂ©phone ou mail) au cours duquel nous dĂ©finissons ensemble la forme et les finitions de la sculpture. Je me dĂ©place ensuite Ă  domicile (en rĂ©gion PACA) pour la crĂ©ation de l’empreinte, il faut compter Ă  peu près une heure pour cette phase du processus. Ensuite, je procède Ă  la rĂ©alisation de la pièce en raku. Les dĂ©lais de fabrication sont en gĂ©nĂ©ral d’un mois.

Il est aussi possible de me rencontrer sur les marchĂ©s d’art de ma rĂ©gion. Le prochain est prĂ©vu Ă  Lourmarin (84160) le dimanche 15 Mai 2011. Vous trouverez plus d’informations et l’agenda complet sur mon site.

Merci beaucoup.

Merci Ă  vous et Ă  Brindilles!

Brindilles