Bienvenue mon ange (grande prématurité)

Bienvenue mon ange (grande prématurité)Cela fait un an et demi que Gaspard est né grand prématuré. Un an et demi et pourtant, c’est seulement aujourd’hui que sa maman, Magali, arrive à poser des mots sur cet évènement. Merci pour ce texte, merci de nous l’avoir confié et longue et belle route à Gaspard !

Cela fait 16 mois, et pourtant c’est encore difficile d’en parler…

Au petit matin de ce vendredi 15 Mai 2009 je suis enceinte de 6 mois et 1 semaine et j’ai des douleurs lancinantes et persistantes depuis la veille au soir. Les médicaments n’agissent pas mais je ne m’inquiète pas outre mesure. Par précaution j’appelle les urgences gynécologiques qui me demandent tout de même de passer pour vérifier que tout va bien.

Je réveille mon ami et lui demande de me conduire à l’hôpital. Je lui indique le chemin à prendre et nous plaisantons sur le fait qu’au moins le jour J il saura se rendre à la maternité facilement. Nous étions loin de nous douter que nous ferions ce même trajet chaque jour pendant presque 2 mois.

Aux urgences, tout le personnel étant en réunion je suis enfin prise en charge par une stagiaire qui m’assure que les douleurs ne sont pas des contractions et que le bébé se porte bien. Il faudra peut-être que je reste pour le WE en surveillance.

Je reste surprise de ne pas être auscultée (uniquement monitoring) mais contente que bébé soit en bonne santé. Les douleurs je les contrôle du mieux que je peux.

Le papa est attendu pour une réunion très importante. Après un long moment passé à mes côtés je lui assure que tout va bien, qu’il peut partir mais qu’il est hors de question que je reste pour le WE. Nous attendions le soir même tous nos amis pour les 35 ans du futur Papa.

Quelques minutes plus tard le médecin, sorti de sa réunion, s’aperçoit en entrant dans la pièce que mon ventre contracte … le monitoring avait été posé à l’envers par la stagiaire.

Très vite le médecin m’ausculte dans une pièce voisine. Elle relève la tête vers moi et son air livide me fait comprendre que quelque chose ne va pas. Elle m’annonce que je suis complètement dilatée et que le bébé arrive.

Puis, tout bascule

Je ne comprends pas ce qui se passe et hurle à qui veut bien l’entendre que mon bébé est trop petit et qu’il ne sortira pas. Beaucoup de monde arrive et s’affole autour de moi.

On me pose mille et une questions ; mon dossier, les derniers examens, le numéro de téléphone du papa … mais je suis terrifiée. Le verdict tombe : Le bébé est en siège, il faut faire une césarienne en urgence. Les contractions sont très rapprochées, la douleur physique incontrôlable, la douleur de mon cœur inconsolable et la peur si présente … il est encore si petit.

Le temps presse. On me dit comment respirer, comment me positionner pour faire une rachianesthésie, on me parle doucement, on me prend la main mais je suis complètement perdue.

Je ne les entends pas m’expliquer le déroulement de l’opération, je pleure en silence, je les laisse me le prendre.

Je ne réalise plus ce qui se passe autour de moi, qu’ils sont en train de refermer mon ventre vide, je fixe le plafond mon seul lien avec la réalité.

10h24. Je ne l’ai pas vu, pas entendu, on l’a emmené rapidement. A cet instant je ne me demande même pas s’il est en vie ou pas. Je suis complètement déconnectée, inerte en état de choc.

Je crois qu’ils m’ont demandé son prénom et heureusement nous l’avions déjà choisi : Gaspard.

Ce prénom qui était une évidence pour moi mais encore si abstrait prenait toute sa dimension.

Gaspard, mon ange, je ne suis pas là pour te souhaiter la bienvenue dans la joie, te prendre dans mes bras avec tout l’amour que j’ai pour toi. Tu découvres la vie seul et apeuré.

Heureusement ton Papa arrive très vite.

Ce Papa qui ne comprend pas ce qui se passe lorsque le médecin appelle, qui pense que l’on se trompe de patiente car sa femme n’est enceinte que de 6 mois et 1 semaine. Ce Papa qui devient Papa pour la première fois de façon si brutale, seul. C’est lui qui doit annoncer aux grands-parents, la famille et amis la naissance. Cette nouvelle qui se devait être si merveilleuse et pleine de joie devient angoisse, peur et tristesse.

Mes 2 hommes me rendent visite 1 petite minute seulement en salle de réveil, avant que Gaspard ne soit mené en Réanimation néonatale. Papa pousse cette couveuse géante transportant notre petit bonhomme. Il est bien proportionné, c’est un gros bébé pour son terme : 1,4 kg.

J’ai tout juste le temps de le découvrir un peu perdu au milieu de tous les fils, électrodes, tuyaux … il est intubé pour l’aider à respirer.

C’est encore le Papa qui accompagne Gaspard en réanimation néonatale et qui prend les premières photos pour que je puisse garder un lien.

Il est 16h passé et après une longue attente pour qu’une chambre se libère je vais être enfin transférée. Je surprends la conversation de 2 infirmières dont l’une n’est pas d’accord pour me mettre à l’étage demandé et estime que je devrais être à l’étage « maternité » comme toutes les mamans. Aujourd’hui je remercie cette infirmière qui a insistée pour que je sois à l’étage des grossesses pathologiques. Comment surmonter cette terrible épreuve en côtoyant à chaque instant des mamans, leur bébé et leur bonheur nouveau.

Je suis vaseuse et ne réalise pas vraiment la gravité de la situation. Je garde très peu de souvenirs de cette fin de journée. Seulement que l’on ne m’autorisera pas à descendre voir Gaspard. Je dois attendre le lendemain que mon état s’améliore.

Il fait nuit et je me retrouve seule dans ma chambre sans pouvoir me lever. Mon bébé se trouve juste 2 étages en dessous, et je ne suis pas à ses côtés. Je ne dors pas, je pleure.

La famille, la mienne, la sienne, notre famille en soit… toujours présente. Ils sont tous là pour nous, pour le Papa qui ne restera pas seul à la maison. Ce soir là le champagne sera tout de même de la partie pour souhaiter la bienvenue à notre petit Gaspard.

Les semaines qui suivantes furent un combat de chaque jour, un cauchemar terrifiant fait d’angoisses, d’épreuves et de larmes.

1 mois et 3 semaines plus tard, une éternité, nous sommes le 6 Juillet 2009 et nous pleurons de joie en ramenant notre petit ange à la maison.

Magali

Brindilles