« Il y avait un avant » le livre d’Anne Kerouedan

Anne Le Brun

Le mois d’octobre c’est aussi « octobre rose », le moment de la campagne annuelle de prévention du cancer du sein . Pour que cela ne reste pas juste une cause qui nous touche forcément quand on en entend parler…puis qu’on tente un peu d’oublier, voici le témoignage d’Anne, 41 ans, une maman frappée pendant sa grossesse par un cancer. J’ai voulu vous le restituer tel quel, avec toute sa force. Anne ne se dépeint pas en « Mère Courage ». Elle raconte simplement, joliment aussi, comment la mort a failli « prendre la place de la vie », et comment l’arrivée de son enfant lui a donné la force de ne pas abandonner son combat contre la maladie. Elle nous livre à tous un bouleversant message d’espoir et de vérité.

Il y avait un avant

Enceinte et atteinte d’un cancer

Mon récit

Anne LE BRUN-KEROUEDAN

Je m’appelle Anne Kerouedan, j’ai 41 ans. Je suis assistante juridique dans un Cabinet d’Avocats à Nantes. J’ai rencontré l’homme de ma vie, Eric, à 35 ans, assez tard.

J’ai toujours fait passer ma vie professionnelle avant ma vie personnelle, sans doute une sorte de refuge car je ne trouvais personne à aimer. Travailler à corps perdu m’empêchait de penser à mes problèmes. Je trouvais cela tellement facile.

Quand j’ai rencontré Eric, mon futur mari, les choses se sont vite accélérées.
Nous nous sommes installés ensemble et l’idée d’avoir un enfant a vite fait son chemin.
Malheureusement, j’ai subi une ovarectomie à l’âge de 19 ans (à cause d’un gros kyste) et tomber enceinte naturellement était quasiment impossible (de l’ordre de 1 à 2% environ).

Nous avons néanmoins tenté 2 fécondations in vitro sans aucun succès au CHU de NANTES, mon ovaire n’ayant pas du tout réagi aux stimulations pourtant fortes.

On nous a alors proposé de nous tourner vers l’étranger pour réaliser une fécondation in vitro avec donneuse, démarche tout à fait légale en France, mais peu répandue, les donneuses étant trop peu nombreuses pour le nombre de receveuses potentielles. Il m’aurait fallu attendre des années en France, et compte-tenu de mon âge (37 ans), il fallait aller vite.

Mon mari (qui ne l’était pas encore à l’époque d’ailleurs) était réticent. Cependant, quand le gynécologue nous a annoncé que les risques de maladies génétiques étaient faibles voire inexistants vu l’âge de la donneuse et les nombreux examens qu’elle passait avant, il a accepté la démarche. C’était une grande preuve d’amour. Evidemment, je ne serais pas la maman génétique de mon enfant, mais j’allais le porter et ce bébé allait être mon enfant.

Nous avons rempli un tas de questionnaires très poussés sur mon physique (couleur de peau, des cheveux, nature des cheveux, yeux, etc.), pour trouver une donneuse qui me ressemble.
Un mois après mon premier rendez-vous à Barcelone (pour le prélèvement de sperme de mon époux et une visite médicale pour moi), on m’annonçait qu’une donneuse avait été trouvée.
On m’a donc implanté 2 embryons, en mai 2011. Cette première tentative a été la bonne puisque je suis tout de suite tombée enceinte.

 

Juste après l’implantation des embryons, le repos obligatoire pendant une petite demi-heure.

J’étais heureuse, enfin …

Mon bébé allait très bien, et même si j’ai eu du diabète gestationnel dès le début de la grossesse et que j’ai du me piquer à l’insuline 4 fois par jour, je me disais que les galères étaient terminées. Cette année 2011 allait être mon année et je considérais que je l’avais bien mérité.

Alors que j’étais en vacances sur la côte, enceinte de 5 mois, j’ai découvert, un matin, en me grattant, une boule dans mon sein gauche.

Je n’étais pas inquiète, je me suis dit qu’étant enceinte, cela devait être normal.

A ma visite du 7ème mois, au CHU de NANTES, j’en ai quand même parlé à la gynécologue.

J’ai fait une échographie du sein, puis finalement une biopsie. Les résultats n’arrivent pas, j’ai donc occulté complètement cet examen.

 

 

Le 15 octobre 2011, le temps de l’insouciance, 2 jours avant le diagnostic.

 

Trois semaines plus tard, le 17 octobre 2011, le monde s’est écroulé. J’étais enceinte, je sentais mon bébé bouger (c’était un bébé très dynamique), et vers 9 heures du matin, alors que j’étais seule à la maison, un appel téléphonique a changé le cours de ma grossesse, de mon état, et de ma vie. On m’a annoncé que j’étais atteinte d’un carcinome canalaire infiltrant, grade III ( c’est la forme de cancer du sein invasif ou infiltrant dans lequel les cellules cancéreuses envahissent les tissus qui entourent la tumeur et peuvent se propager vers d’autres parties du corps et dans mon cas, il a fallu traiter très rapidement compte tenu du grade III -cela va du grade I au stade IV- de la taille de la tumeur et du fait qu’elle était très agressive).

Je n’ai pas réalisé tout de suite ce qui m’arrivait. Mon mari était en déplacement pour son travail, mes parents et mon frère en vacances, j’étais seule à supporter ce séisme.

Je me suis demandé pendant plusieurs jours si c’était possible … Je ne réalisais pas ce qu’il m’arrivait. J’ai cru à une erreur des médecins. C’était mon année, rien ne devait la gâcher.

Je ne pensais qu’à une seule chose : chimiothérapie. Ses effets secondaires me faisaient atrocement peur. Je ne pensais plus à mon bébé. J’ai eu l’impression de faire un déni de grossesse. La mort a pris la place de la vie.

Et puis, un tourbillon infernal a débuté. Je n’avais rien demandé, la maladie s’est incrustée alors que j’étais enfin heureuse. Je me suis répétée à longueur de journée « pourquoi moi » ???

J’ai subi une première chimiothérapie enceinte, mon accouchement a ensuite été provoqué entre la première et la seconde chimiothérapie. Puis le protocole de soins a continué pendant un an et demi.

Les médecins ont été d’un grand soutien. J’étais une malade particulière, enceinte, portant la vie, et atteinte d’une maladie mortelle. Un étrange paradoxe.

Juste après la première chimiothérapie.

Juste après la première chimiothérapie.

Quand j’ai finalement relevé la tête et que j’ai réalisé que j’avais un cancer, oui moi, enceinte, ayant déjà dû endurer de nombreux soucis de santé auparavant, je me suis dit que je n’avais pas d’autre choix que de me battre. D’abord pour le bébé que je portais, pour mon mari, pour mes parents (ma maman venait elle-même d’avoir un cancer du sein) et pour mes amis.

Je n’ai pas pu tout de suite créer un lien fort avec ma fille. Après la césarienne, je ne pouvais pas me lever et le papa s’est occupé de sa fille avant moi. Dans une sorte de bulle, j’avais du mal à réaliser cette naissance, le mot cancer était trop présent. Comment montrer sa joie d’avoir un enfant alors qu’on ne sait pas si l’on va mourir.

Et puis, j’ai réalisé. Je suis rentrée à la maison après mon accouchement, le 23 novembre, jour de mon anniversaire. Le 24 novembre, j’avais ma seconde chimiothérapie. Pas de répit.

Tellement de sentiments passent par la tête, une naissance, une maladie, la mort. Vais-je SUPPRIMER « pouvoir » voir mon enfant grandir ? Je n’en sais rien.

Ensuite, j’ai essayé de vivre normalement (ou presque, selon la fatigue des traitements) et surtout de me moquer de cette maladie. Elle est devenue source de rigolade souvent car je la tournais en dérision.

De suite, j’ai choisi, tout au long du traitement, de parler, d’exprimer tout ce que je ressentais, et je crois que cela m’a beaucoup aidée.

Je n’ai jamais voulu de pitié ou de compassion, mais si j’avais envie de pleurer, de rire, de crier, je le faisais auprès de mes proches.

J’ai eu la chance d’avoir un bébé qui dormait beaucoup. Je pense qu’elle a senti que sa maman devait se reposer. Je calais mon sommeil sur le sien et dormais en même temps qu’elle, c’est-à-dire, souvent, toute la journée.

J’ai été très entourée pendant la maladie et je crois avoir mené ce combat davantage pour les autres que pour moi-même. J’avais réussi à aller jusqu’au bout de ma grossesse, je me suis accrochée pour ne pas flancher, je n’avais donc plus le droit de décevoir.

Mon mari a été d’un courage et d’une force exemplaires. La maladie soude ou sépare. En l’occurrence, elle nous a soudés tous les deux. Au-delà de sa présence à la maison quand j’en avais besoin, il a été d’une aide psychologique pour moi au-delà de ce que j’aurais pu imaginer. Il est le seul à avoir connu tous mes états d’âme, à me voir pleurer, à respecter mes envies de solitude parfois, à supporter ma fatigue, mon caractère parfois difficile à supporter quand j’étais au plus mal. Il a joué tellement de rôles : mari, papa, confident, infirmier parfois …

Je ne savais pas au début si j’allais voir ma petite fille grandir (je n’ai pas pu réaliser, étant enceinte, les examens complémentaires effectués lors de ce protocole), mais j’ai lutté jusqu’au bout pour y arriver.

Aujourd’hui, ma petite fille a presque 3 ans (elle est née le 17 novembre 2011, soit exactement 1 mois après l’annonce de mon diagnostic).

Elle est en pleine forme.

Je vais bien aussi, tous les examens passés depuis ma maladie sont bons. Il reste toujours néanmoins de la fatigue. Je crois que mon état ne sera plus jamais le même. Mon corps a subi tellement d’agressions qui resteront marquées à jamais.

Avec du recul, je me demande toujours pourquoi j’ai dû traverser cette épreuve. Ai-je fait quelque chose pour qu’elle me tombe dessus ?

Je repense souvent au moment du diagnostic, je ressasse parfois les moments de cette maladie.

En décembre 2012, j’ai décidé de me mettre à écrire. La principale raison, même si elle peut paraître curieuse, est que j’avais peur d’oublier ces 2 ans de ma vie. Peur d’oublier des anecdotes, mon état pendant le traitement, les premières années de ma fille.

La seconde raison est que j’ai réalisé que les personnes qui n’avaient pas connu cette maladie (eux-mêmes ou dans leur entourage) ne réalisaient pas justement ce qu’était la maladie. Le fait que le cancer soit malheureusement devenu banal, tellement il est répandu, fait que certaines personnes pensent que c’est une banalité et que c’est facile de le traverser. J’ai voulu faire comprendre, à travers ce livre, que la façade que j’ai montrée pendant la maladie n’était justement qu’une façade. Derrière la femme apprêtée que j’essayais d’être, il y avait réellement une souffrance et un désarroi que peu ont vu.

Je me suis donc lancée à corps perdu dans l’écriture. J’ai décidé de faire un livre qui décrit les aspects médicaux des traitements et leurs effets, mais également de montrer que j’avais pu rire pendant cette période de ma vie, et que j’avais essayé de vivre normalement.

J’ai voulu que ce livre soit illustré de photos. Ces photos sont le reflet de la maladie, je ne les avais que peu vues. J’ai hésité avant de les publier, mais me suis dit qu’il ne fallait pas édulcorer un tel récit. J’ai décidé de tout montrer. Ce livre n’est pas un roman, c’est l’histoire d’un moment de ma vie. Il fallait l’écrire, tout simplement, sans mensonge, sans en rajouter … Tout simplement ce qui s’était passé.

Aujourd’hui, je suis heureuse d’avoir écrit ce livre. Les témoignages que je reçois sur ma page Facebook m’aident beaucoup. En revanche, je ne crois pas avoir été courageuse, comme on me le dit souvent. Je crois aussi que l’on a une très grande force en soi qui permet de lutter.

J’espère avant tout faire passer un message d’espoir. Le cancer se guérit parfois …

Ma fille va bien, elle est en pleine forme. Elle a subi une chimiothérapie, mais cela ne l’a pas marquée. Je crois aussi que l’on peut rire de tout, quand c’est possible. Plusieurs personnes ayant lu mon livre m’ont avoué que pour la première fois, elles ont pu rire du cancer et c’est une grande victoire pour moi.

Il y avait un avant. Ce titre m’est venu très naturellement et très rapidement. Aujourd’hui, effectivement je suis Anne, mais je suis Anne qui a eu un cancer. Ce mot résonne encore dans ma tête. Parfois, j’ai encore du mal à y croire. Je relativise beaucoup les choses maintenant.

Au travail, je suis plus zen. Avant, le stress m’envahissait souvent. Il faut tout faire, dans l’urgence … Maintenant, ce qui n’est pas fait n’est pas fait. Je reporte au lendemain, ce que je ne faisais pas avant la maladie.

Et puis, il y a les amis … Je me suis rapprochée de certains, éloignée d’autres … La maladie, les épreuves soudent ou éloignent … La maladie m’a permis de m’en rendre compte.

Toutes les histoires sont différentes et il est difficile de donner un conseil. Le plus important pour moi est de pouvoir extérioriser son mal … Il me semble important de parler … Cela soulage physiquement et moralement.

Si je peux donner un conseil en tant qu’ancienne malade, c’est de ne pas écouter les gens. Chaque histoire est différente, chaque personne est différente, personne ne réagit de la même façon aux traitements ! Il y a toujours des personnes pour donner des conseils alors qu’elles n’y connaissent rien !

Surtout ne pas sombrer, jamais !

 

Il y avait un avant

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Enceinte et atteinte d’un cancer

Mon récit

Anne LE BRUN-KEROUEDAN

 

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Tout le monde le dit : on sort différent d’une longue maladie. Mais pourquoi ?
Anne vous emmène dans son combat avec réalisme mais non sans humour.
Elle s’apprête à vivre le plus beau moment de sa vie, donner naissance à son enfant. Elle se trouve une grosseur au sein. Le diagnostic tombe : atteinte d’un cancer…enceinte !
Elle devient, tout d’un coup, à la fois une statistique, une parturiente différente, mais surtout une femme face à une montagne.
En découvrant dans ces pages le tourbillon infernal des rendez-vous médicaux, des traitements, des effets secondaires, vous comprendrez pourquoi « Il y avait un avant ».

Préface de Géraldine GIRAUDEAU

Le livre d’Anne : « Il y avait un avant » est un livre en auto-publication. Pour l’acheter, vous pouvez contacter Anne via sa page Facebook consacrée au livre : https://www.facebook.com/ilyavaitunavant?ref=ts&fref=ts ou lui envoyer un message à ilyavaitunavant@gmail.com

Un immense merci à Anne de nous avons livré avec tellement de générosité son histoire. Je ne peux que vous conseiller de lire ce bouleversant livre.

Mélanie SCHMIDT