Interview sur le maternage avec Ingrid van den Peereboom

Interview sur le maternage avec Ingrid van den Peereboom Ingrid van den Peereboom, co-fondatrice du rĂ©seau associatif Peau Ă  Peau, auteure, passionnĂ©e par le maternage a acceptĂ© de rĂ©pondre Ă  nos questions sur l’Ă©ducation, la maternitĂ©, les liens qui se tissent entre enfants et parents.

Bonjour Ingrid, pouvez-vous en quelques mots vous présenter ?

Ingrid van den Peereboom : Je suis auteure, formatrice en portage et mère de huit enfants, aujourd’hui âgĂ©s de 2 Ă  19 ans. J’ai grandi en France et en Belgique. J’ai Ă©tĂ© professeur d’anglais et d’allemand, Ă©coutante dans une association belge de soutien Ă  l’allaitement et instructrice en massage pour bĂ©bĂ©. J’ai Ă©galement fait du théâtre. Et j’ai une passion pour la peinture.

Vous avez 8 enfants, est-ce que vous pensez les avoir entourés de la même manière ?

Ingrid van den Peereboom : Non, bien-sĂ»r… L’aĂ®nĂ© a tĂ©tĂ© seulement trois ans (moins de la moitiĂ© de la durĂ©e dont ont respectivement bĂ©nĂ©ficiĂ© deux de ses petits frères). Et j’ai mis du temps Ă  trouver ma première fille jolie. Craquer pour sa fille, ça s’apprend par imitation, et quand on n’a pas ostensiblement craquĂ© pour vous petite, il faut du temps pour que le franc tombe… Mais lĂ , oui, je trouve mes trois filles très jolies et je suis guĂ©rie ! Merci…

Non, je ne suis pas une mère idĂ©ale : je ne sais pas cuisiner, j’ai frappĂ©, Ă  mon grand regret… Je masse mes enfants quand je peux, et ce n’est pas tous les jours, mĂŞme si j’aimerais. J’ai trouvĂ© des porte-bĂ©bĂ©s valables Ă  partir du 4ème, et j’ai beaucoup aimĂ©. J’ai cessĂ© la surconsommation d’activitĂ©s extrascolaires. Trop de stress ! J’ai appris Ă  parler avec eux au contact d’autres mères, bien plus qu’en lisant des bouquins. Je n’ai plus de voiture depuis quelques annĂ©es, et donc on marche, on prend le bus, le train et le vĂ©lo. Les enfants grandissent avec leurs parents, je crois. Certains disent mĂŞme qu’ils les Ă©lèvent.

Le maternage c’est une notion un peu fourre-tout ces derniers temps, c’est quoi au juste pour vous ?

Ingrid van den Peereboom : C’est ce que fait toute mère : s’occuper d’un enfant. Ca change tous les jours. On est des ĂŞtres vivants !

Est-ce que vous avez été sensibilisé par le maternage dès votre premier enfant ?

Ingrid van den Peereboom : Avec mon aĂ®nĂ©, qui aura 19 ans dans quelques jours, j’ai dĂ©couvert le bonheur de l’allaitement Ă  la demande et au long cours, le co-allaitement avec lui et sa soeur, le cododo Ă  temps partiel qui ne dit pas son nom, et les essais frustrants de porte-bĂ©bĂ©s impossibles Ă  utiliser. Tout le contact juste vĂ©cu au dĂ©but de la relation aide Ă  passer les moments rudes qui peuvent survenir ultĂ©rieurement. On ne se comprend pas toujours, mais s’il y a eu une vraie confiance au dĂ©but, elle finit toujours par ressortir.

Est-ce que vous avez eu a entendre des curieuses remarques sur vos pratiques ?

Ingrid van den Peereboom : Oh oui, l’amour est très suspect. Il faut y mettre bon ordre ! Les trois plus jeunes sont arrivĂ©s quinze jours après terme, en prenant leur temps. J’adoooooore ĂŞtre enceinte. Alors, oui, on m’a reprochĂ© de ne pas lâcher mes bĂ©bĂ©s. Heureusement, une sage-femme m’a dit un jour, en massant mon ventre et en parlant Ă  mon huitième enfant qui s’y nichait, qu’elle sentait une grande symbiose entre nous, et que mon bĂ©bĂ© se sentait bien lĂ , tout simplement !… Mieux vaut garder les remarques positives. Les autres, oublions-les !

Je suis maman, je donne le biberon, je ne dors pas avec mes enfants, ils ne portent pas de couches lavables, est-ce que vous auriez envie de m’inciter Ă  changer mes pratiques ?

Ingrid van den Peereboom : Faites comme vous le sentez. A chacun son chemin et, surtout, Ă  chacun son rythme. Nous avons en nous beaucoup de dĂ©sirs, de dons aussi, et nous faisons le choix de concrĂ©tiser ceux qui sont prioritaires, selon les circonstances, selon notre connexion interne et notre degrĂ© de confiance en nous-mĂŞme. On peut mettre la barre lĂ  oĂą on dĂ©cide que c’est juste pour soi. Regarder autour de soi et tenter les expĂ©riences qui ont un sens pour nous, Ă  ce moment-lĂ . Faire un pas Ă  la fois. Un instant, puis un autre instant… tout doucement.

Badinter, le dernier, vous l’avez lu ?

Ingrid van den Peereboom : Non. Actuellement, je lis plutĂ´t sur le massage, la sexualitĂ© en lien avec la maternitĂ©, le tantra, le feng shui et d’autres petites choses encore.

Avez-vous Ă©tĂ© Ă©levĂ©e comme vous vous occupez de vos enfants aujourd’hui ?

Ingrid van den Peereboom : Non. J’ai eu une poussette, un petit lit, des biberons pendant 6 mois, puis plus rien Ă  tĂ©ter… Je n’ai manquĂ© « de rien », comme on dit si bien.

Etre mère, c’est facile ou c’est compliquĂ© ?

Ingrid van den Peereboom : Haha! Je vous remercie de m’avoir posĂ© cette question! On passe Ă  la suivante ? Non, en fait, je dirais que c’est une expĂ©rience complètement dingue et passionnante Ă  vivre. C’est nouveau chaque jour. Le mĂŞme adolescent peut vous engueuler un jour et vous prendre tendrement dans les bras le lendemain. J’adore quand il disent Ă  leur père ou Ă  moi des choses que leurs amis cachent Ă  leurs parents. On n’est pas copains. Ce n’est pas ça.

Simplement, on n’a pas vraiment peur de la rĂ©alitĂ©, ce qui leur permet d’ĂŞtre sensiblement vrais. Il faut choisir ce qu’on veut comme relation avec eux, et ça se joue dès le dĂ©but. A peu près toutes les erreurs sont pardonnables, du moment qu’on en parle de façon vraie. Mieux vaut de bonnes discussions franches que 20 ans chez le psy après avoir quittĂ© ses parents… Discussions franches qui ne sont pas forcĂ©ment aisĂ©es Ă  mettre en place si on ne les a soi-mĂŞme pas vĂ©cues.

Est-ce que vous avez un conseil à donner à une future mère ?

Ingrid van den Peereboom : Un conseil? Je n’aime pas ce mot. Ne jamais donner un conseil s’il n’a pas Ă©tĂ© demandĂ©, c’est une règle d’or. Personnellement, mon objectif avec mes enfants, fondamentalement, est qu’ils demeurent connectĂ©s Ă  eux-mĂŞmes. Certains choix en dĂ©coulent directement. Tout est question de choix. Et des objectifs que l’on a. Puis des moyens de les atteindre qui nous semblent adaptĂ©s Ă  nous et Ă  la situation.

Tout cela est très personnel, et vĂ©cu sur le tas, plutĂ´t que dans un monde qui serait idĂ©al. La rĂ©alitĂ©, y a que ça de vrai ! Vous pouvez Ă©tudier la physiologie du portage. Cela ne vous donne pas le droit d’agresser une mère qui a du mal Ă  positionner son enfant en posture d’agrippement. Elle est la personne qui connait le mieux son enfant. Elle a peut-ĂŞtre besoin de petits repères, mais elle connait aussi son fonctionnement, ses besoins et leur morphologie Ă  elle et Ă  lui… La rĂ©alitĂ© est complexe et c’est toute sa beautĂ©, vous ne trouvez pas ?

Mais complètement ! Merci Ingrid pour ces jolies réponses, simples et évidentes.

 

Pour en savoir plus sur Ingrid

Auteure de Peau Ă  Peau, Technique et pratique du portage.

Pour en savoir plus sur le réseau Peau à Peau

Brindilles