J’ai accouché à la maison

Accoucher à la maison reste une pratique plutôt rare en France. Laurence Gaillot, maman Brindilles, l’a fait en Italie. Elle a voulu partager avec vous cette expérience.

« J’ai découvert l’Italie en 2009, en m’installant à Florence où mon conjoint avait saisi une opportunité professionnelle. En 2011, je donne naissance en Italie à mon aîné par césarienne. J’en garde un souvenir légèrement amer, avec le sentiment d’avoir été « spectatrice » de mon accouchement. C’est en discutant avec de nombreuses mamans italiennes que je réalise combien cette opération est quasi systématique de ce coté des Alpes. Lorsque je suis de nouveau enceinte en 2013, je souhaite absolument tenter un accouchement par voie basse mais je sens bien que peu d’hôpitaux m’aideraient dans ce choix. Un peu déçue, je me demande s’il faut rentrer en France pour que cela se passe comme je l’espère. Mais la chance est de mon coté.

Visite de la sage femme

En effet, une amie insiste pour que je rencontre une de ses connaissances qui est sage-femme et pratique les accouchements à domicile*. Je rencontre Elena à 6 mois de grossesse, et le contact se passe merveilleusement bien. Lors de notre premier rendez-vous je lui demande quel est le meilleur moyen d’éviter une césarienne, elle me répond « en accouchant chez soi ! ». J’étais assez surprise et ne m’attendais pas du tout à cette éventualité. Après de nombreuses questions, de longues discussions avec mon mari, j’ai décidé de faire confiance à Elena et d’accueillir cet enfant le plus naturellement qu’il soit. Je n’avais pas fermé complètement la porte au milieu médical, mon choix étant avant tout de faire la majeure partie du travail à la maison puis d’être à l’hôpital uniquement pour la délivrance.  La nature en a décidé autrement car je ne suis jamais allée à l’hôpital, ma petite fille étant née à la maison !

Le jour J, je me suis réveillée à 6 heures, en réalisant que je perdais doucement les eaux. Je n’étais pas certaine de mes impressions, mais les premières contractions m’ont confirmé que c’était pour bientôt. Une grande excitation et de l’impatience m’ont envahie à l’idée de rencontrer bientôt notre petit ! J’étais sereine et confiante même si j’espérais en mon for intérieur, que les contractions seraient efficaces cette fois-ci… Elena est arrivée chez moi vers 11 heures pour me confirmer que le travail avait bel et bien commencé. Sa présence et son soutien m’ont aidée à être à l’écoute de mon corps et de mes sensations. Elle m’a suggéré différents exercices de relaxation en commençant par un bain, me rappelant l’importance du souffle pendant une contraction pour l’aider à « passer ». Je n’ai pas réussi à appliquer les exercices de chant vus pendant les cours de préparation. En revanche, l’oscillation du bassin et les massages du dos ont été bien appréciables. Vers 15 heures, les contractions ont commencé à être plus douloureuses et rapprochées. Mon mari a alors confié notre aîné à une amie et lorsqu’il est revenu, une deuxième sage-femme était là. Je savais alors que j’accoucherais chez moi ! Aucune position ne soulageait réellement la douleur, mais la liberté de mouvements sur mon lit m’a beaucoup aidée à la supporter. Je passais de la position allongée aux 4 pattes, puis accroupie au pied du lit.

bébé

À 17 heures, je comprenais qu’il s’agissait des derniers efforts avant la délivrance. Je n’oublierai jamais le regard confiant des sages-femmes et cette phrase que me glissait Elena « Soffiala » (Souffle-la) alors que j’accompagnais mon bébé pour l’aider à sortir. Je trouve cette image très belle et très parlante. Dès sa sortie à 17h52, j’ai baigné ma fille dans une petite bassine devant moi, je l’ai mise au sein puis mon mari a pu couper le cordon une demi-heure après. Je me suis ensuite installée au lit pour une longue séance de peau à peau, pendant que les sages-femmes me préparaient un dîner et que mon mari récupérait notre fils. Quelle émotion de voir le regard chaleureux de notre aîné sur sa petite sœur tout juste née, et de pouvoir partager dans l’intimité de notre maison ce moment-là.

Nous sommes désormais installés en Provence, et avec le recul le choix de l’accouchement à domicile me semble avoir été le bon. J’ai réellement eu la sensation de « vivre » cet accouchement et d’en avoir été pleinement l’actrice. Le fait d’être dans un environnement familier a été très réconfortant également. J’ai beaucoup apprécié la possibilité de baigner moi-même ma fille et d’être présente lors des premiers soins.

bébé à la naissance au sein

Je ne remercierai jamais assez Elena qui a été absolument extraordinaire et m’a soutenue jusqu’au bout dans ma démarche. Elle a accouché depuis  d’un petit garçon…à la maison, bien entendu ! »

 
 
 
 
 
 
 
* Les deux sages-femmes travaillent pour le centre : « Centro Benessere Maternita »  (www.benesserematernita.it).

Pour aller plus loin, voici ce que suggère Laurence :

« Allez voir le site "Entre leurs mains" qui a tourné un documentaire sur les accouchements à domicile en France. Il y a en effet une pétition en ce moment pour soutenir les sages-femmes pratiquant ce type d'accouchement (elles doivent désormais s'acquitter d'une assurance exorbitante pour être en droit de pratiquer les accouchements à domicile. Dans la réalité, n'étant pas en mesure de s'assurer, le choix d'accoucher librement risque de ne plus être possible...). »
Et aussi....Un autre film sur l'accouchement à domicile: http://www.leszoomsverts.fr/index.php/productions/120-maieuticiennes
Mélanie SCHMIDT