Les allergies alimentaires de l’enfant

En France, le problème touche plus de 2 millions de personnes, et survient souvent dès l’enfance. Si moins de 5 % des adultes sont touchés, c’est environ 10 % des enfants qui y sont confrontés ! L’allergie alimentaire correspond à une réaction exagérée du système immunitaire (le tube digestif étant une des barrières immunitaires principales du corps) à un aliment qu’il reconnaît comme étant un dangereux intrus. L’organisme réagit alors de façon excessive, lançant la production d’anticorps, responsables des symptômes de cette allergie.
Elle débute généralement avant l’âge de 6 mois.

Inflammation et lait maternel

Les allergènes alimentaires passent, à l’état de traces, dans le lait maternel. Ces très faibles quantités de protéines alimentaires permettent à bébé de « faire » son système immunitaire. Mais dans le cas d’une sensibilité allergique accrue, et avec la présence de certains facteurs « aggravants » (type flore intestinale perturbée, parasitose, candidose, infection virale, perméabilité intestinale…), l’allergie alimentaire se met en place. Il suffit qu’une maman, friande de produits laitiers (ou autre allergène), allaite un petit allergique pour que les premiers signes apparaissent !

A noter que le nourrisson peut être sensibilisé à l’aliment très tôt, dans le ventre de sa mère.

La plupart du temps, les premiers symptômes apparaissent dans les minutes (jusqu’à 4 heures) qui suivent la mise en contact du produit incriminé : généralement c’est l’ingestion, mais dans certains cas particuliers, l’inhalation des fumées de cuisson ou le simple contact cutané peuvent suffire à déclencher une crise.

Symptômes

 

  • L’allergie alimentaire des nourrissons atteint souvent le tube digestif (vomissements, diarrhées, douleurs abdominales). Elle peut provoquer une atrophie des villosités intestinales avec diarrhée comme c’est le cas dans la maladie cœliaque (ou intolérance au gluten). 
  • Chez l’enfant plus grand, les symptômes sont très divers : choc anaphylactique, urticaire, oedème des lèvres et de la langue, dermatite atopique, diarrhée, vomissements, coliques, eczéma, asthme, infections ORL à répétition, etc. 
  • Les signes cutanés : la dermatite atopique est la manifestation principale de l’allergie alimentaire chez l’enfant. Il s’agit d’un eczéma, la peau est rouge, parfois suintante… L’urticaire peut être une autre manifestation, parfois même très impressionnante, surtout s’il s’agit d’une urticaire généralisée ou géante, d’un œdème généralisé ou d’un œdème des muqueuses de la gorge (œdème de Quincke). On soupçonne une origine alimentaire dans 30 à 50 % des cas ! 
  • Le syndrome oral : picotement du fond de la gorge et gonflement des lèvres (et éventuellement d’une gêne pour avaler) associés, que l’on observe habituellement chez les personnes souffrant d’une allergie croisée au pollen. 
  • Des signes respiratoires et oculaires : les symptômes touchant le nez (rhinite allergique) et les yeux (conjonctivite allergique) peuvent être une manifestation de l’allergie alimentaire, mais également un signe avant-coureur d’une réaction allergique plus sévère. 
  • La crise d’asthme atteint les voies pulmonaires et se manifeste par des sifflements à la respiration, une toux, et une gêne respiratoire parfois majeure. Les allergènes alimentaires seraient responsables de 8 % des crises. 
  • Des signes digestifs : Les symptômes digestifs les plus classiques de l’allergie alimentaire sont les nausées, les vomissements, les diarrhées et les douleurs abdominales. 
  • Une perte ou une stagnation de poids, signe de sous-alimentation ou mauvaise assimilation des nutriments. 
  • Le choc anaphylactique : réaction la plus grave qui nécessite un traitement médical en urgence. Malaise, démangeaisons et gêne respiratoire doivent attirer l’attention. Une perte de connaissance associée à une chute de tension peut être observée. A l’extrême, c’est l’arrêt cardiaque. On note une origine alimentaire dans 3 à 5 % des cas.

Le type d’allergène, le mode de contact, la dose, la consommation et la fréquence d’exposition à cet allergène vont influencer le type et la gravité de la réaction allergique.

 

Les allergènes les plus fréquents

90% des allergies alimentaires sont mises en évidence après contact avec:

– Le blanc d’œuf

– l’arachide

– les protéines de lait de vache

– le poisson de mer

– crustacés (araignée de mer, crabe, crevette, écrevisse, langouste, langoustine, homard).

– noisettes et drupacées (amande, noix, abricot, cerise, coing, pêche, pomme, poire, prune, olives)

– céleri-rave, sel de céleri et autres ombellifères (anis, angélique, carotte, cerfeuil, coriandre, cumin, fenouil, persil, poivre vert).

10% seraient dues à:

– Fruits exotiques (ananas, banane, fruit de la passion, kiwi, kaki, litchi, mangue, noix de coco, papaye) -légumineuses (fèves, haricots, pois, pois chiche, soja)

– farine de blé

– moule

– bœuf, poulet, porc

– pomme de terre

– noix, noix de coco

– moutarde avec un rôle inducteur possible des cataplasmes de moutarde dans l’enfance).

Avant l’âge de 1 an, les principaux allergènes sont l’oeuf, l’arachide et le lait de vache. Entre 1 et 3 ans, les principaux allergènes sont l’oeuf (31 %), l’arachide (18 %), le lait (12,5 %), le poisson (12,5 %), l’huile d’arachide, la moutarde.

Les facteurs favorables à l’installation du terrain allergique :

Certains facteurs de risque ont été mis en évidence : la diversification précoce de l’alimentation, l’emploi généralisé et croissant de protéines alimentaires additionnées aux préparations industrielles en raison de leurs propriétés, etc. L’industrie agroalimentaire introduit en effet sans arrêt de nouveaux ingrédients dans ses préparations.

Le diagnostic

Le diagnostic de l’allergie alimentaire est parfois délicat.

Une éruption d’urticaire après les repas peut être par exemple un élément révélateur. Le risque d’allergie alimentaire est de 20 % lorsqu’aucun des deux parents n’est allergique. Ce risque est de 40 % lorsqu’un des parents est allergique et monte à 60 % lorsque les deux parents le sont.

La tenue d’un journal alimentaire où l’ingestion de tous les aliments (sur 7 à 15 jours) est notée scrupuleusement peut aider le médecin, en plus d’un questionnaire poussé sur les antécédents familiaux, les circonstances de survenue etc. Les tests cutanés, le dosage des IgE spécifiques, les tests de provocation (ou les régimes d’exclusion) permettent en général de poser le diagnostic.

S’ils se révèlent positifs, ces tests cutanés traduisent une sensibilité alimentaire. Ils peuvent éventuellement être complétés par une prise de sang pour un dosage d’anticorps, et par la réalisation, si nécessaire d’un test de provocation mesurant l’hyperréactivité pour le ou les aliments incriminés.

Les tests de provocation orale, qui permettent de confirmer le diagnostique sont réalisés sous haute surveillance, en milieu hospitalier. On les réitèrera tous les 6 mois environ, afin de surveiller l’évolution de l’allergie. Si après quelques années elle a disparu, l’enfant pourra réintroduire l’aliment supprimé dans son alimentation.

Traitement et solutions

L’allergie alimentaire est souvent due à une immaturité de l’organisme. C’est la raison pour laquelle on la retrouve fréquemment chez le jeune enfant, en constatant parfois une amélioration avec l’âge.

Le mieux à faire une fois l’aliment en cause repéré est de le supprimer de l’alimentation de bébé.

Ainsi on supprime le risque de réaction grave et cela donne une possibilité à l’organisme, avec le temps, d’oublier « son ennemi ».

Mais si cela est facile lorsqu’il s’agit de fraises ou de kiwis, mais moins évident lorsque l’on parle de lait ou d’arachide : en effet, ces produits sont présents dans une multitude de produits industrialisés ! Méfiance également vis-à-vis de nombreux additifs alimentaires (colorants, conservateurs chimiques etc). D’où l’importance d’un régime alimentaire sain, à base de produits frais et contrôlables !

Les allergies croisées compliquent ce régime d’éviction. Car une même substance responsable de l’allergie alimentaire peut se retrouver dans des aliments très différents. Ainsi, plus de 90 % des personnes allergiques à la viande de bœuf, sont également allergiques au lait. Mais à l’inverse, seulement 10 à 15 % des personnes allergiques au lait le sont aussi au bœuf… Difficile parfois de s’y retrouver…

Le problème des allergènes « masqués » est un sacré casse-tête. Les caséinates dans le bouillon de poulet, du lyzozyme de blanc d’œuf dans certains fromages (gruyère, emmenthal) par exemple. L’huile d’arachide contenue dans certains laits diététiques a été à l’origine de dermatites atopiques (actuellement, les laits adaptés n’en contiennent plus)… Des observations d’enfants sensibilisés in utero à l’arachide ont révélé que les mères enceintes mangeaient de grandes quantités de cacahuètes.

Mise en place du régime d’éviction

Suite au bilan réalisé par le médecin allergologue, un régime est mis en place, qui doit être accompagné des conseils d’un professionnel de la nutrition afin d’éviter les erreurs de régime, et les risques de carences nutritionnelles.

Il arrive parfois que, malgré un régime d’éviction bien suivi, une réaction allergique survienne. Dans ce cas, le traitement pharmacologique comporte un anti-histaminique et un médicament protégeant la muqueuse digestive du risque de libération locale d’histamine. En cas d’accidents allergiques graves, corticoïdes et adrénaline sont nécessaires. Le médecin prescrira ces médicaments.

La prévention, meilleure solution !

  • Eviter les cacahuètes durant le dernier trimestre de grossesse et durant l’allaitement. 
  • Eviter une diversification alimentaire trop précoce (avant 4 mois); attendre 6 mois d’âge, que son système digestif soit un peu plus mature. 
  • Lors de la diversification alimentaire, ne pas introduire plus d’un nouvel aliment par jour, afin de mieux l’identifier en cas d’allergie (voir les dossiers sur la diversification alimentaire). 
  • Avant l’âge d’un an, proscrire certains produits allergisants tels que fruits à poils (fraises et framboises), fruits exotiques (kiwis, mangues), œufs, crustacés et arachides. 
  • Attendre les 3 ans du petit pour introduire cacahuètes et produits à base d’arachide. 
  • Préférer l’allaitement maternel et évitez le lait de vache si les parents sont tous les deux allergiques. 
  • Ne pas mettre pas en place de régime excessif . Sous prétexte de protéger bébé, le risque est de le priver d’aliments indispensables à sa croissance.

 

Brindilles