Les papallaitants ont tout compris

Pascal et son fils Emilio - Copyright : Papallaitants
Pascal et son fils Emilio – Copyright : Papallaitants

« L’histoire de mon allaitement à commencĂ© durant la grossesse de mon Ă©pouse », se souvient Pascal. « Son » allaitement ? Un papa ? Oui, mais un « papallaitant » ! Traduisez : un pĂšre informĂ© -et aimant!- qui a compris le rĂŽle dĂ©cisif qu’il pouvait jouer auprĂšs de la maman et de bĂ©bĂ©.

Pascal, le crĂ©ateur des « papllaitants », aurait pu se contenter de reprendre la devise du Project Breastfeeding  -« Si je pouvais, je le ferais »-, qui sert de slogan Ă  cette campagne lancĂ©e aux Etats-Unis pour sensibiliser les pĂšres Ă  l’allaitement. Mais ce papa d’un petit Emilio et mariĂ© Ă  Hanny veut aller plus loin qu’ une campagne de sensibilisation. Il veut du concret.

Un petit retour en arriĂšre aide Ă  comprendre sa dĂ©marche. La femme de Pascal venait de vivre une grossesse et un accouchement difficiles. Elle Ă©tait Ă©puisĂ©e, elle pleurait beaucoup et Pascal souffrait de se sentir impuissant face Ă  cette dĂ©tresse, coupable de ne pas parvenir Ă  aider la mĂšre de son enfant comme il l’aurait voulu. C’est en s’interrogeant, en observant, qu’il remarqua que « les moments d’allaitement la calmaient »: « Cela la rassurait de voir qu’elle pouvait calmer notre bĂ©bĂ© avec ses seins. Elle se sentait bien de savoir que notre fils grandissait grĂące au lait qu’elle produisait ». Pascal et sa femme se sont donc concentrĂ©s sur l’allaitement de leur enfant, et sur le maternage que cette dĂ©marche impliquait auprĂšs d’une maman bien accompagnĂ©e et encouragĂ©e.

 

 

Pascal et son fils Emilio qui a maintenant 2 ans. - Copyright : Papallaitants
Pascal et son fils Emilio qui a maintenant 2 ans. – Copyright : Papallaitants

L’allaitement est depuis devenu une chose toute naturelle pour le bĂ©bĂ© de Pascal, devenu un bambin de deux ans tout juste ( le 5 septembre) , qui peut tĂ©ter oĂč il veut et quand il veut, mais aussi pour la maman qui a confiance en elle. Tous trois ont dĂ©couvert les bĂ©nĂ©fices de l’allaitement au long cours, et surtout ont compris que quand le papa s’implique activement, cela encourage la mĂšre et l’allaitement se passe bien tout naturellement.

Pascal a voulu faire profiter d’autres familles de son parcours. Et voilĂ  comment sont nĂ©s le site et le groupe Facebook dĂ©diĂ©s aux « Papallaitants ». Des pĂšres d’enfants allaitĂ©s s’y retrouvent pour Ă©changer sur l’allaitement de leur bĂ©bĂ© et sur les difficultĂ©s rencontrĂ©es par les mĂšres, avec l’objectif de dĂ©velopper un « soutien de pĂšres Ă  pĂšres » dont le but ultime est que l’allaitement maternel se passe au mieux. Et pour Pascal, les papallaitants sont des facilitateurs de l’allaitement maternel mais aussi de la relation maman-bĂ©bĂ© et du parentage proximal.

 

Les hommes qui, comme Pascal, sont capables de vous dire : «  Elle avait dĂ©cidĂ©, aprĂšs voir lu quelques livres, que nous devrions allaiter notre bĂ©bé » renvoient, parfois sans en ĂȘtre conscients, Ă  l’approche amĂ©ricaine. Dire « nous devrions allaiter notre bĂ©bé », c’est en effet un Ă©cho de la façon dont bien des parents Ă©tats-uniens annoncent la grossesse : « We are pregnant » (Nous sommes enceinte ). Quelle meilleure façon de rĂ©sumer l’implication de maman-papa et bĂ©bĂ© dans l’allaitement ! Pour Pascal, l’allaitement est l’affaire d’une triade, dans laquelle la mĂšre, le pĂšre et l’enfant sont les piĂšces insĂ©parables d’une mĂ©canique fonctionnant parfaitement.

 

Chacun et chacune peut, autour de lui, faire le compte des pĂšres adoptant cette approche. La plupart d’entre nous en concluront que les hommes ayant adoptĂ© le raisonnement de Pascal sont encore peu nombreux, et que la route est encore longue pour les « papallaitants ». Oui, il faut changer le regard des hommes sur l’allaitement, mais ce n’est pas forcĂ©ment difficile ! Comme le dit Pascal, bien des pĂšres peuvent comprendre l’importance de leur rĂŽle pour, par exemple, «encourager l’allaitement quand les mĂšres ont des crevasses, qu’elles sont Ă©puisĂ©es aprĂšs l’accouchement, que les nuits sont sans sommeil ». Il suffit, rĂ©sume-t-il, de « voir notre rĂŽle de façon plus active » pour que le dĂ©clic se fasse.

 

Sa mĂ©thode ? « Rencontrer des pĂšres d’enfants allaitĂ©s, et pouvoir partager avec eux ». Entre papallaitants, les pĂšres prennent confiance dans leur choix de soutenir l’allaitement. Ils trouvent du soutien mais aussi de l’Ă©coute et du partage, sans oublier les informations sĂ©rieuses sur l’allaitement. Les mĂšres ont des groupes de soutien de l’allaitement, les pĂšres ont maintenant la mĂȘme chose de pĂšre Ă  pĂšre ! Et les deux sont nĂ©cessaires : le soutien entre papas est complĂ©mentaire des informations recueillies par la maman. ConnaĂźtre au mieux le sujet de l’allaitement en tant que pĂšre permet de pouvoir parler aux pĂšres mais aussi, pourquoi pas, aux mĂšres qui ont des questions sur la place du pĂšre dans l’allaitement. Impliquer ainsi les pĂšres est aussi un moyen de servir mieux, dans la sociĂ©tĂ©, la cause de l’allaitement maternel, afin qu’augmente le taux de 40% de mamans qui continuent l’allaitement exclusif de leurs bĂ©bĂ©s aprĂšs le premier mois.

 

Le  logo des Papallaitants, Copyright : Papallaitants
Le logo des Papallaitants, Copyright : Papallaitants

Ces pĂšres de bonne volontĂ© ont besoin de groupes pensĂ©s et faits pour eux, axĂ©s sur leur propre rĂŽle dans l’allaitement, sur le soutien actif qu’ils sont les mieux placĂ©s pour donner Ă  la mĂšre. Car mĂȘme quand les mĂšres sont soutenues Ă  l’extĂ©rieur, rien ne peut remplacer le pouvoir de l’implication du papa pour que l’allaitement se passe au mieux. Et pour ĂȘtre vraiment utile, il faut comprendre prĂ©cisĂ©ment de quoi l’on parle : les crevasses, la bonne position au sein, les rythmes du sommeil du bĂ©bĂ©… Hors du site et du groupe, parler de ce que l’on vit est moins facile. « Par fiertĂ©, on ne veut pas se poser trop de questions, on a peur de parler avec son entourage ». Un conseil au passage : les mĂšres se tiennent informĂ©es dĂšs la grossesse et les pĂšres devraient faire la mĂȘme chose. « En tant que pĂšre, on se laisse souvent dĂ©connecter sur ce que peut ĂȘtre le reflux, la diversification… ». Il faut pouvoir savoir quoi faire et quoi dire quand on est confrontĂ© Ă  la situation. Et il n’est jamais trop tĂŽt pour s’y mettre.

Enfin bien sĂ»r, un papallaitant ne s’arrĂȘte pas Ă  ce qui concerne l’allaitement. Il s’intĂ©resse Ă  la paternitĂ© dans son ensemble pour materner, ou plutĂŽt paterner en partageant ses outils, ses connaissances avec les autres pĂšres de bĂ©bĂ©s allaitĂ©s.

 

Petit rappel d’une recommandation qui n’est pas facile Ă  appliquer pour toutes les mĂšres : le lait maternel est l’aliment le plus adaptĂ© Ă  bĂ©bĂ©, l’allaitement exclusif est recommandĂ© jusqu’Ă  6 mois par l’OMS (Organisation Mondiale de la SantĂ©) et le complĂ©ment idĂ©al jusqu’aux deux ans de l’enfant voir plus si bĂ©bĂ© le souhaite.

Encore un argument en faveur des « papas-soutien de l’allaitement » ? Voici la campagne d’un pays hispanophone lors de leur semaine de l’allaitement maternel en aoĂ»t 2014. Le texte a Ă©tĂ© traduit et partagĂ© sur la page Facebook des papallaitants par Pascal : « Si l’on a une mĂšre, un bĂ©bĂ© et un papa-soutien, on dispose alors de ce que l’on connaĂźt sous le nom du « triangle de l’allaitement », qui fera que la probabilitĂ© de succĂšs de l’allaitement augmente considĂ©rablement. Ce rĂŽle est quelque chose que les pĂšres ne devraient pas laisser passer ; c’est une expĂ©rience trĂšs enrichissante et plaisante ».

 

Le projet mené par Pascal est encore tout jeune. Une trentaine de papallaitants échangent leurs expériences sur le groupe privé de Facebook, mais le site et le blog sont ouverts à tous et à toutes.

L’initiative de Pascal est un peu le premier pas, en France, vers des groupes de pĂšres vraiment actifs pour soutenir l’allaitement maternel, qui ne demandent qu’Ă  se former.

Alors les « papallaitants » rejoignez le mouvement !

Pour en savoir plus sur le projet américain

 

 

Shopping Brindilles :

MĂ©lanie SCHMIDT