Son premier non ! (des affaires de biberons)

Un tĂ©moignage sur le biberon, sur la fille d’AurĂ©lie, sur son premier non, et sur le choix qu’elle a fait : celui de ne pas tĂ©ter sa mĂšre !

Je suis maman de deux enfants, un grand garçon de 5 ans que j’ai allaitĂ© jusqu’à 5 mois et une petite fille de 6 mois qui n’a pas voulu ĂȘtre allaitĂ©e ! Son 1er « non », je ne l’attendais pas aussi tĂŽt !

Pour bien comprendre la raison de ce « NON », il faut remonter le temps ! Lorsque j’allaitais mon garçon, j’étais comme en osmose avec lui !

Mes seins commençaient Ă  me picoter et dans la foulĂ©e, il les rĂ©clamait. Une synchronisation parfaite qui me comblait toute entiĂšre de bonheur ! A tel point qu’il Ă©tait difficile de trouver une place pour un autre, en l’occurrence mon homme, son pĂšre, que nous avions mis de cĂŽtĂ© tellement lui et moi nous suffisions Ă  nous mĂȘme. Et puis est arrivĂ© le moment de reprendre le travail ! IdĂ©alement, je souhaitais l’allaiter jusqu’à 6 mois minimum, il en avait 5 ! Il me fallait donc conserver les tĂ©tĂ©es du matin et du soir et tirer mon lait pour l’apporter Ă  la crĂšche la journĂ©e.

Face Ă  la complexitĂ© de l’organisation pour moi et Ă  l’inexpĂ©rience de la crĂšche face Ă  l’accueil d’un bĂ©bĂ© allaitĂ©, j’ai du renoncer ! Mon corps a renoncĂ© ! Plus une goutte de lait dans ce fichu tire lait qui pourtant jusque lĂ  se remplissait correctement !

Le biberon, mon garçon connaissait un peu puisque j’avais tirĂ© mon lait huit fois pour aller aux huit sĂ©ances de rĂ©Ă©ducation pĂ©rinĂ©ale !!! Le lait industriel, par contre, ce fut une autre affaire !!! AprĂšs plusieurs essais et les conseils avisĂ©s de la PMI, il s’est mis a apprĂ©ciĂ© fortement sa nouvelle alimentation, si bien qu’en deux temps trois mouvement il Ă©tait sevrĂ© ! Il est aujourd’hui un magnifique garçon, en pleine forme, en bonne santĂ©, toujours fusionnel avec moi mais en mĂȘme temps trĂšs ouvert sur le

monde ! Parfait en sorte !!!

Le temps a passĂ© et voilĂ  ma petite fille sur le point d’arriver ! A me remĂ©morer l’allaitement de mon garçon, mon seul regret est de n’avoir pu continuer ! Je choisis donc de prendre un congĂ© parental pour pouvoir allaiter ma petite fille, en toute libertĂ© de temps !!! C’était sans penser qu’elle pouvait avoir elle aussi son avis sur la question !

Lorsqu’elle est arrivĂ©e et qu’elle m’a regardĂ©e avec ses grands yeux chocolat, une petite voix en moi se disait « chouette, chouette, je vais pouvoir en profiter le temps que JE voudrais, l’allaiter le temps que JE voudrais !!! » Mais ça ne s’est pas passĂ© comme ça !!!

Elle est arrivĂ©e trĂšs fatiguĂ©e, dormait tout le temps, ouvrait la bouche occasionnellement pour tĂ©ter mais pas assez ! Son poids chutait ! Je ne voulais pas rester Ă  la maternitĂ© et ai donc fait un peu de forcing pour sortir alors que son poids chutait toujours ! La montĂ©e de lait arrivant le jour de la sortie et ayant dĂ©jĂ  allaitĂ© le premier, le pĂ©diatre m’a fait confiance avec nĂ©anmoins l’obligation de revenir le lendemain pour la peser ! Une fois Ă  la maison, elle dormait toujours autant et se nourrir ne paraissait pas l’intĂ©resser plus que ça ! Pas de stress, chez nous on respecte le rythme de bĂ©bĂ© donc on l’a laissĂ©e dormir et peu s’alimenter !

RĂ©sultat Ă  la pesĂ©e du lendemain – 200g ! Catastrophe !!! L’équipe de la mater vĂ©rifie donc la mise au sein, verdict : la technique est bonne !!! Sauf qu’elle tĂȘte 5 minutes puis s’endort !!! L’équipe essaie de la stimuler, rien Ă  faire, elle refuse le sein, hurle, jette sa tĂȘte en arriĂšre, le plus loin possible du sein, le repousse avec ses mains
.

Et ça va continuer comme ça pendant une trĂšs longue et trĂšs dure semaine. Une semaine pendant laquelle son papa et moi allons essayer multiples tentatives ; La laisser tĂ©touiller comme elle veut, oui, mais elle perd encore du poids et risque l’hospitalisation car le peu de fois oĂč elle veut bien porter sa bouche Ă  mon sein, soit elle tĂ©touille au lieu de tĂ©ter soit elle s’endort ! La forcer, oui mais ça ne marche pas car de cette façon lĂ , elle refuse totalement le sein ! Les bouts de sein, ça ne change rien ! Le chaud / froid sur les seins, pour faciliter la tĂ©tĂ©e et allĂ©ger la douleur pour moi car Ă  ce stade mes seins sont Ă  bloc et crevassĂ©s, non plus ! Rien n’y fait  Elle ne veut pas du sein, de moi ai-je mĂȘme pensĂ© ! Tirer le lait et lui donner au bib le temps que mes seins se remettent et qu’elle reprenne du poids et bah devinez quoi, elle a but, tout but et Ă  la fin du bib, elle a souri !

Summum de l’affront d’une fille Ă  sa mĂšre qui pour l’allaiter longtemps a pris un congĂ© parental. Tirer mon lait, ce n’était pas ça, pour moi, allaiter mon enfant ; ce que je voulais c’était cette relation particuliĂšre, cette proximitĂ©, ce peau Ă  peau qui m’avait tant comblĂ© pour le premier !!! RĂ©sultat des courses : biberon et lait en poudre !!! Elle adore, siffle tous ses bib en moins de deux, grandit et grossit bien, est adorable, souriante, toujours de bonne humeur, jamais malade, finalement le bonheur aussi mais autrement.

Restait juste pour moi un sentiment de frustration, d’échec, de honte
 et d’incomprĂ©hension de mon entourage ! J’étais une maman pro allaitement qui n’allaitait pas sa fille. Pas banal n’est ce pas ? Autour de moi, les pro allaitement m’encourageaient Ă  continuer, Ă  insister, je les sentais limite déçus de mon renoncement ! Les pro bib me disaient « oui bah c’est bien le biberon, il est oĂč le problĂšme, ta fille est en bonne santĂ© c’est le principal ». Certes, elle est belle, sage et en bonne santĂ© et alors ? Il n’en reste pas moins que mon coeur de maman a Ă©tĂ© touchĂ© !!! Plusieurs personnes m’ont permis de dĂ©passer ces sentiments pour rĂ©ussir Ă  tisser un lien avec ma petite fille autrement qu’en allaitant !

La sage femme qui m’a longuement dĂ©culpabilisĂ©e ! La psychanalyste, avec qui j’ai compris que le non allaitement de ma fille Ă©tait liĂ© Ă  l’allaitement de mon garçon. Nous avons toutes les deux explorĂ© l’allaitement de mon premier, vu par mon inconscient, pour rĂ©aliser que certaines angoisses, bien enfouies, ont pu remonter, l’air de rien comme ça, pendant ma grossesse jusqu’à s’exprimer par le « NON » de ma petit fille dans le but de sauver notre relation. Car ce que je ne raconte pas lorsque j’évoque l’allaitement de mon garçon, c’est l’ambivalence que j’ai pu ressentir ! D’un cĂŽtĂ© son allaitement me comblait, m’épanouissait et d’un autre cĂŽtĂ© son allaitement m’angoissait, m’étouffait ! De nombreuses fois, dans la rue, j’avais peur de me faire renverser car qui aurait nourrit mon petit Ă  part moi ? De nombreuses fois, face Ă  ses demandes incessantes, face au fait que j’étais la seule Ă  pouvoir le satisfaire, je me suis dit « il va me bouffer toute entiĂšre » ! Aujourd’hui, il a 5 ans et nous sommes toujours aussi fusionnels, j’ai toujours peur pour lui, je me sens toujours, par moment, bouffĂ©e par lui
.

Je pense que c’est pour Ă©viter de reproduire ça que ma petite fille a dit « NON », elle a dit « NON » a une relation dans le trop ! Effectivement, bizarrement ou pas, je me sens dans une relation toute aussi belle mais plus sereine avec elle. Pas facile de rĂ©sumer un travail analytique en quelques mots… Conclusion, sein ou biberon, tant qu’il y a de la bienveillance, il y a un bĂ©bĂ© heureux !

Aurélie

Brindilles