Un bébé très (trop) en avance !

Caroline nous livre le récit spontané et dynamique de son expérience de la prématurité. Comme tous les parents d’enfants prématurés, elle va devoir composer avec son statut de nouvelle mère et l’inquiétude inhérente à la naissance inattendue de sa fille.

Avoir un bébé…Waouh quelle aventure ! Cela parait si simple à entendre pour certaines personnes.

Lorsque je suis tombée enceinte, je suis restée prudente à cause d’une première fausse couche que j’avais faite, mais à 1 mois mon bidon était sorti, à 3 mois je mangeais comme une ogresse pour pallier aux nausées, je dormais… bref j’étais bien enceinte ! A 4 mois, je me sentais en super forme, on était en avril, je sortais les tongs, je vadrouillais, je vivais une super grossesse… A 5 mois pareil, on entamait des travaux, tout allait bien.

Puis, début juin, je suis en congés (avant la patho et la mater, j ai tout prévu !)… Ma fille bouge peu, mais je la sens bien. Elle est lovée sur le coté, m’appuie bien sur le bas ventre mais tout va bien.

Et là surviennent les saignements… vite le docteur !

« Tout va bien, reposez vous c’est tout« .

Deux trois jours après, rebelote avec des pertes transparentes… Oulàlà !

« Bon madame : repos et suppositoires de salbumol » (vive les tremblements et les membres en coton). Mais bon, repos repos : il y a quand même la liste à aller faire, le carrelage à acheter, la chambre va falloir s’y mettre…

On est le jeudi 14 juin, vite on fait 2 courses, la liste de naissance et de grosses pertes qui se calment une fois allongée. J’ai également des contractions le soir.

Le vendredi je ne bouge pas du canapé, mais le soir je commence a contracter un peu… Bébé bouge, je me rassure.

Le samedi matin, j’ai des grosses pertes alors que j’étais couchée. Je téléphone à la maternité qui me dit d’aller à l’hôpital (néonat de niveau 5) vu mon terme !

C’est parti. Dans la voiture j’ai mal. La gynéco de garde m’examine : je suis à dilatation de 2 cm… Non non non !

On me branche une perfusion pour stopper les contraction (les suppo, en comparaison, c’était de la gnognotte) et on me dit : « on va vous garder jusqu’à l’accouchement ! » Quoi ?! fin Aout ?!

La pédiatre de la néonat vient et nous explique tout, que si j’accouche ils sont juste à côté et que prise en charge sera très très rapide.

On me monte en chambre au service gynécologie. J’ai le droit à une horrible piqure de corticoïdes pour faire pousser les poumons de ma pepette ! Je téléphone à mon gynéco qui me dit de tenir encore au moins 1 semaine. Chaque jour tenu est une victoire. Je ne réalise pas trop en fait.

Le lundi j’ai droit à une douche assise, plus de perfusion qui brule et te rend coton.

Le soir, au monitoring, j’ai de belles contractions mais comme j ai bougé pour la douche je ne m’inquiète pas et je n’ai toujours pas le droit de me lever !

Dans la nuit, j’ai mal et je saigne. Le sage femme (vi c’était un monsieur) me donne un suppo… Super !

Le mardi 19, à 8h la sage femme (je l’adore cette femme) vient me voir, je lui explique, elle regarde et me dit « ma chérie je te descends tu es à 2 ! ».

Ah mais non, je commence à avoir peur, à avoir les larmes qui montent ! Je suis à 31 SA et c’est pas assez !

J’arrive en salle d’accouchement, des contractions de fou ! Mon mari est arrivé, il est 8h45 environ. La petite sage femme m’ausculte, me dit que comme c’est le 1er j’en ai pour jusque dans l’après midi. Je demande pour la péridurale quand même.

Là j’ai une énorme contraction et pof la poche éclate (soulagement de courte durée). L’anesthésiste et les internes arrivent. On me fait tant bien que mal la pré anesthésie. La jeune fille me demande de lui dire quand la contraction est terminée…Euh oui, mais non, elle dure celle là et d’un coup je dis à la sage femme : « je la sens arriver, ça me brule »… Elle me retourne : on voit la tête ! Pas de péridurale pour moi !

Et là je me souviens d’avoir demandé : « comment je fais ? »  (et oui, je n’ai pas eu de préparation vu la date !).

« Comme vous le sentez madame, soufflez bien surtout. »(j’ai vraiment apprécié d’être libre). En 2 temps 3 mouvements Eloïse est née à 9h28 !!

On me la montre, je la vois pas bien et vite on me la prend. Je dis à mon mari « suis-les » (on ne sait jamais). Et je suis là à me faire arracher le ventre pour expulser le reste (la péridurale j’aurais apprécié pour ça et les points vu que petite déchirure).

Mon mari revient avec une photo sur le portable. Mon bébé ressemble à un petit cochon au début ! C’est fou. Je suis fatiguée, j’ai faim, je ne réalise pas.

Mon mari fait des aller retours pour voir si tout va bien.

Vers 16h je remonte en chambre en passant par la neonat (en brancard) et là je peux passer la main à travers la couveuse et toucher ce petit être tout chaud !

Le lendemain je peux descendre la revoir, c’est froid, on n’a pas d’accueil personnalisé, les puéricultrices doivent s’occuper des bébés (mais on est égoïste dans ces moments). Je n’ose pas toucher mon bébé, j’angoisse à l’idée de la casser.

Mon mari peut changer sa couche et c’est minuscule ! J’avais déjà changé des bébés mais si petit et si tout mou, jamais…

Je veux allaiter, on me donne un tire lait électrique qui tire pas grand-chose (vive le matériel public !), je galère un peu, j’ai peu d’explications (merci les copines ouf !).

Mais le lendemain (j+2) je peux enfin prendre ma fille en peau à peau… C’est magique, intimidant, angoissant, réconfortant… C’est MON bébé ! La nature faisant bien les choses, je me retrouve avec une montée de lait impressionnante ! Je peux tirer un peu plus (bon c’est déjà ça on me dit !) au moins ça complètera dans sa sonde. Et oui, un bébé de ce terme ne sait pas téter, donc ma pepette a droit à une sonde nasale (pauvre poulette).

Je sors enfin de l’hôpital sans mon bébé et ça me fait bizarre. Je repense à ma mère qui pareil a dû me laisser (j’ai un mois d’avance, pour 2.8 kg il y a 30 ans !). Je loue un tire lait électrique, une vraie machine de guerre ce truc ! Le sein est aspiré, mais aie !!! Mais je tire, je tire, je tire !!

Et voilà, on commence les aller retours avec mon mari. D’abord le soir après son boulot , c’est calme. On me fait quand même la réflexion de pourquoi je viens pas la journée… Euh ben je sais pas, j’ai tellement l’impression de déranger. Il faut toujours demander pour la toucher vu que mini pepette est dans sa couveuse au chaud. On doit attendre pour qu’on puisse nous la poser sur le ventre, entre les bips, les fils, la sonde d’oxygène etc…

Puis au fils des jours, on s’apprivoise, on apprivoise le service, les infirmières, les bips, les fils, les grimaces, les pleurs étranges…

On lui met son premier body, taille 42 au bout d’une semaine, puis c’est le premier bain (avec l’infirmière). De petites choses nous paraissent des progrès immenses : bébé ouvre ses yeux plus longtemps, change de position seule, réduit sa dépendance à l’oxygène (merci le peau à peau).

Au 14ème jour, nous avons une belle surprise ! Ma pepette est dans un lit « normal » avec rampe chauffante au dessus… un vrai petit kébab ! C’est tellement génial de pouvoir la toucher normalement !

Le lendemain, je peux enfin lui donner moi-même un bain accompagnée de la puéricultrice ! Je commence à me sentir une « vraie maman » ! Les petits pas sont des pas de géants… Une cuillère à café à la seringue et c’est la fête !

On peut commencer la prise au sein, doucement, tout doucement..du câlin d’abord mais ça viendra petit à petit..Le 23ème jour, on enlève le chauffage..les progrès sont visibles, bébé fait 1.890kg ! MA fille a 1 mois, et se passe de sonde gastrique enfin, ainsi que de l’oxygène et on a dépassé les 2kg !

Le 25 juillet, pour son 36ème jour, on me rend mon bébé ! Panique à bord, car finalement la néonat était devenue un vrai cocon comment faire sans tous ces bips et seule (avec papa) ?

L’allaitement démarre vraiment, enfin tranquilles ! On est sensé compléter avec des bib mais bon… Nous pratiquons avec bonheur le cododo.

Au bout d’une semaine, la visite avec le pédiatre montre une bonne prise de poids sans les compléments, na !

On a l’impression d’être sortis d’un mauvais rêve ! Oui c’est fatiguant, beaucoup de tétées , des problèmes gastriques, des nuits courtes, des siestes éclatées mais j’ai mon bébé avec moi !

On sort, on voit du monde….

Et là, on arrive à la date à laquelle j’aurais dû accoucher ….ça fait bizarre.

Plus tard, on remarquera avec ma maman que ma poupette a une drôle de tête, grosse, les yeux qui se couchent. Ouf une visite de contrôle à l’hôpital mais le couperet tombe…Elle a une hydrocéphalie : un des canaux qui évacue le liquide céphalorachidien entre les ventricules du cerveau et vers la moelle épinière est bouché ou sclérosé, du coup le liquide appuie et met en souffrance le cerveau. Je sais ce que ça peut entrainer et mon dieu quelle horrible journée on passe en attendant la fin d’après midi afin qu’on puisse opérer mon bébé.

L’opération s’est bien passée, on reste une semaine hospitalisées. Et on rentre, la boule au ventre. Dans un cumul de « 1% de malchance », on retournera à l’hôpital pour régler la valve posée, puis 1 mois après pour changer le matériel (bouché ? on ne sait pas)…

On a des informations au compte goutte, mais on a aussi un bon soutien familial et des amis fabuleux !

Evidemment je passe le premier hiver avec Eloïse, calfeutrée à la maison afin d’éviter les microbes etc !

Mais ma Nelo est une vraie guerrière, elle a la tête dure ! Elle fait des progrès, se développe normalement, et on l’aime de plus en plus chaque jour !

Eloïse a aujourd’hui 3 ans et des brouettes, elle a la taille d’un enfant de 4 ans ! Elle a été allaitée 1 an, a fait des vraies phrases vers 2 ans, a marché avant ses 18 mois et s’éclate à l’école maternelle tout en nous faisant tourner en bourrique !

Mon plus beau cadeau ? ma fille !

 

Brindilles